Interview de Karel Martens

Publié le 01.06.2017

 

Karel Martens est le designer qui a créé le projet Couleurs sur la Plage (voir l'article) entre autres.

 

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Connaissiez-vous l’existence de cabanes de plage avant ce projet ?

KM : Je connais le phénomène bien sûr. Et même j’étais une fois, en France, je ne sais plus où exactement, j’ai vu des étudiants qui faisaient un projet sur la plage avec une radio, c’était assez fascinant, j’étais un jeune professeur en école d’art et c’était très intrigant de voir des jeunes étudiants sur la plage avec de l’électricité. Je vais souvent à la plage en France.

 

J’ai remarqué que vous aviez changé de style avec ce projet. Est-ce que vous êtes d’accord avec moi ou pas ?

KM : Je n’aime pas le mot style. Je pense que chaque chose a besoin de sa propre réponse. Quand tu as un style, tu donnes la même réponse. Chaque chose a besoin d’une réponse authentique je pense. Une cabane de plage n’est pas la même chose qu’un mur ou que la couverture d’un livre ou qu’une affiche.

 

Comment avez-vous choisi les couleurs et les largeurs des bandes ?

KM : La largeur a quelque chose à voir avec les couleurs. Tu n’es pas consciente mais quand tu regardes un magazine avec un compte-fil il est imprimé avec les trois couleurs primaires seulement, et avec les trois couleurs primaires tu peux faire toutes les couleurs du monde. Et c’était pour moi un mystère quand j’ai découvert ça quand j’étais étudiant, ce n’était pas une école de design graphique mais une école d’art. J’étais surpris que dans tu mets du bleu et du jaune et tu obtiens du vert. Et du bleu et une autre couleur et cela devient gris ou noir. C’est mon point de départ à chaque fois, les couleurs primaires, et que je souhaite avoir d’autres couleurs, alors je fais des changements. Mais pour moi, les couleurs primaires sont une sorte d’archétype. Donc à chaque fois que je dois faire quelque chose avec de la couleur, je commence toujours avec le rouge, le jaune et le bleu, ce qui fait aussi de l’orange et du vert. Et ça dépend bien sûr du sujet, si ça doit être plus sombre, alors j’ajoute du marron, je prends un peu des autres couleurs pour faire du marron, mais le point de départ, c’est toujours les couleurs primaires.

 

Aviez-vous eu beaucoup de contraintes et lesquelles ?

KM : Je pense que les contraintes sont très importantes pour le design. Tu as un minimum d’ingrédients, comme si tu faisais un gâteau, donc tu as besoin d’ingrédients, comme de la farine et toutes sortes de choses, mais si tu mets trop de quelque chose, par exemple trop de sel alors ton gâteau est… donc tout repose sur l’équilibre.

 

Mais y-avait-il des contraintes qui n’étaient pas bonnes, trop dures ?

KM : Pour le projet des cabanes de plage ?

 

Oui

KM : Les contraintes sont parfois difficiles, pas dures. Elles font partie du jeu, quand tu joues à un jeu de cartes, tu ne dois pas faire ceci autrement le jeu s’effondre, donc chaque commande va avec certaines règles, et tu dois trouver une solution à l’intérieur des règles. Comme au football par exemple, aux Pays-Bas, le football est important, il y a des règles, tu ne peux pas prendre le ballon dans tes mains et tu l’envoies sur le gardien, il y a des règles qui rendent le jeu intéressant.

 

Avez-vous vu l’atlas des cabanes, et comment c’était ?

KM : Merveilleux !

 

Et avez-vous été déçu par certaines choses ?

KM : Non, non, ça, ça fait aussi partie du jeu, il faut être curieux ; j’avais donné des contraintes aux personnes de l’université en ce qui concerne la combinaison des couleurs et des largeurs de bandes, jamais deux couleurs identiques à côté, jamais deux largeurs de rayures identiques à côté…

 

Êtes-vous content du résultat ?

Oui j’ai été très content du résultat, j’ai aussi appris à ne pas être déçu trop vite, car la déception est souvent parce que tu obtiens quelque chose de différent de ce que tu attendais, et c’est souvent aussi une ouverture. Si tu as une réponse à laquelle tu ne t’attendais pas, c’est aussi un moyen d’aller plus loin, d’avoir une nouvelle vision sur ce que tu fais, autrement, tu crées des attentes, ça doit être comme ça, et tu n’es pas ouvert quand ça commence à danser, ou quand ça fait de la musique, tu te dis, non non, ça doit être comme ça. Je pense que c’est important dans la vie d’être ouvert aux choses inattendues.

 

Pourquoi avez-vous accepté ce projet ?

KM : Parce qu’on me l’a demandé ! et Parce que je trouve que c’est un défi ! Je ne me suis pas dit « oh je vais au Havre et je vais peindre les cabanes », c’est agréable d’être un designer car il y a une question, les gens nous demande de faire une couverture de livre, ils nous posent une question et nous devons trouver une réponse à cette question. Et quand tu as une affinité avec cette question, et que tu aimes les personnes qui sont tes commanditaires, alors le jeu commence à nouveau. Pourquoi les cabanes sont toutes blanches ? Qui sont les propriétaires ? Quelle est leur taille ? Où sont-elles installées ? Comment sont-elles assemblées entre elles ? En analysant la situation, c’est une plage, c’est un bel endroit, il y a du soleil, en analysant le sujet, tu obtiens beaucoup d’informations, alors je réalise que je peux changer le blanc, et ce qui fait aussi partie du projet c’est que je dois faire en sorte que ça reste simple car ensuite il va falloir le produire, donc on ne peut pas peindre toutes les couleurs du monde, donc on doit trouver une solution avec certaines limites, à nouveau les limites pour obtenir une réponse adéquate !

 

Le Havre, le 10 février 2017

 

I.B

 

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